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par Laurence ADJADJ

Laurence ADJADJ, Hypnothérapeute, Psychologue à Marseille. Présidente de Hypnotim, Centre de Formation en Hypnose et Thérapies Brèves

- Hypnothérapeute - Psychologue - Présidente de HYPNOTIM, Institut de Formation en Hypnose et...

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Écouter les mots. Anne-Sophie Bounié

Anne-Sophie Bounié
Infirmière à l’Institut Curie. Formée à l’Institut Français d’Hypnose (2011-2013). Référente hypnose thérapeuthique.



Écouter les mots. Anne-Sophie Bounié
Lorsque les patients suivis en oncologie parlent du cancer, des traitements et de leurs effets secondaires, ils utilisent souvent les mêmes expressions. Plus que de simples tournures de phrase, elles renseignent l’hypnothérapeute sur les représentations du patient et sur les efforts d’adaptation qu’il déploie pour faire face à l’intrusion du cancer, de ses traitements et de leurs effets indésirables dans sa vie.

Cette intrusion représente une réelle rupture biographique lors de laquelle le patient est confronté à sa finitude. Ici encore, les expressions du patient traduisent l’angoisse, l’incertitude et la perception de perte de contrôle générées par ce sentiment de finitude. L’hypnose permet de réintroduire du mouvement et du contrôle dans une situation qui semble figée et incertaine, au bénéfice de la qualité de vie du patient.

« Allô ! Anne-Sophie ? Est-ce que tu pourrais aller voir Mme F., elle est vraiment très nauséeuse et commence à vomir dès qu’elle rentre chez elle. Le médecin a rajouté des antiémétiques et un anxiolytique avant sa cure parce qu’il la trouve très angoissée. Mais ça ne change rien. Je lui ai parlé de l’hypnose et elle serait d’accord pour essayer. »

Je suis infirmière référente en hypnose thérapeutique dans l’Ensemble hospitalier. Mes collègues de l’HDJ chimio m’appellent souvent pour aider des patients qui souffrent de nausées et de vomissements ou qui expriment une forte anxiété. Le piège de telles sollicitations est qu’elles agissent comme des suggestions tant sur l’hypnopraticien que sur le patient. On risque d’emmener le patient sur une piste de travail qui n’est pas la sienne. Rester à l’écoute des mots du patient permet d’éviter cet écueil. Je me souviens ainsi de cette patiente, Mme F., qui souffrait de nausées et de vomissements et voulait s’en débarrasser grâce à l’hypnose. M’avait-on dit...

« Le problème c’est la solution. » Lorsque j’arrive en salle, cette patiente détaille en une longue plainte ses symptômes qui commencent la veille de la cure de chimiothérapie et se poursuivent jusqu’au quatrième jour. Elle ne peut plus s’alimenter, ne bouge pas de son lit et ne parvient pas à se concentrer sur des activités qui lui plaisent pourtant, comme la lecture. Elle se fixe comme objectif la suppression de ces deux symptômes. Les deux premières séances d’hypnose montrent un bénéfice mais qui ne dure que le temps de la séance. Ce qui m’étonne, c’est que bien qu’affirmant être très motivée, Mme F. ne pratique pas à la maison. Je m’interroge et puis, lors de notre troisième rencontre, je me souviens subitement qu’elle a employé la toute première fois un mot qui m’a fait sourire. Elle n’a pas dit « je vomis » mais « je rends ». Ma grand-mère paternelle, qui avait le sens de l’euphémisme, utilisait elle aussi cette expression et comme la patiente a l’âge d’être ma grand-mère, je ne m’y suis d'abord pas arrêtée. En me parlant de sa chimiothérapie, Mme F. a ajouté : « De toute façon, je n’ai pas le choix ; mais je ne supporte plus ce produit qui passe dans mes veines ; je sais que c’est pour mon bien mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est aussi un poison. »

Or que fait le corps automatiquement pour se débarrasser d’une substance toxique ? Il déclenche le réflexe de nausées et des vomissements pour l’expulser. Bien entendu, les produits injectés étaient réellement émétisants. Mais la représentation que Mme F. avait de sa chimiothérapie (un poison) et sa relation à celle-ci (soumission) ne contribuait-elle pas à en renforcer les effets secondaires ? Paul Watzlawick, l’un des fondateurs de l’école de Palo Alto, affirme que « le problème, c’est la solution ». Dans cette logique, les expressions et les images employées par la patiente pouvaient matérialiser sa tentative de solution : ne pas garder ce poison mais le rendre. On peut ainsi comprendre que travailler à supprimer ce symptôme, somme toute vital pour elle, était voué à l’échec. Mme F. a d’elle-même évoqué d’autres stratégies, comme renforcer l’énergie du corps et ses capacités de protection, ce qui lui a permis de contrôler et traiter différemment le passage de la chimiothérapie. Après deux séances, les vomissements ont cessé. Les nausées ont diminué en intensité et fréquence et sont passées en arrière-plan. La patiente a réinvesti des activités mises de côté, notamment profiter de la visite hebdomadaire de ses petits-enfants qui tombait pourtant le dimanche, soit la veille des chimiothérapies.

Cet exemple illustre l’une des premières grandes leçons que j’ai apprises grâce à l’hypnose : il est utile de questionner ce qui a priori va de soi. C’est en entendant ses mots que j’ai compris que vomir avait des bénéfices inconscients pour Mme F. et que la bonne stratégie consistait à trouver une façon de garder les effets positifs du produit tout en trouvant une façon plus acceptable de se débarrasser de ses mauvais côtés. Cette stratégie lui permettait indirectement de retrouver du contrôle sur une situation à laquelle elle se sentait soumise.

J’ai ainsi repéré des expressions qui reviennent souvent dans la bouche des patients. Comme : « ça m’a coupé les pattes, je n’arrive plus à avancer », en décrivant le choc de l’annonce, ou encore « je n’ai pas le choix » face aux effets secondaires des traitements anticancéreux, ou encore « j’ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête » en évoquant la crainte de la récidive. Avant ma formation en hypnose, je me sentais souvent démunie face à ces propos. Depuis, je les écoute différemment. Ils fournissent des indications précieuses sur les représentations du patient et sur les stratégies dont il dispose pour s’ajuster à cette nouvelle situation.


Le carnet de bord : un outil pour provoquer le changement ?
Où le patient-capitaine note ses étapes, les changements. Jusqu’à notre prochaine rencontre, je vais vous demander de vous munir d’un petit carnet, que vous devrez garder sur vous en permanence, où que vous soyez. A chaque fois que votre problème commencera à se manifester, vous sortirez immédiatement votre carnet et vous noterez tout ce qui se passe, en suivant scrupuleusement les instructions qui y figurent, dans les moindres détails.

Soin de la dépression. La Maison du MOI. Carlos Manuel P. Castro 
L’auteur présente son travail avec les personnes déprimées et la façon dont il combine des tâches de différentes natures : reprise de contacts sociaux, du mouvement, ouverture aux parfums. Il partage ici le script qu’il utilise souvent dans la phase initiale de son travail avec les personnes déprimées. 

Hypnose: Au service de nos grands aînés. Dr Marie Floccia et Fabienne Bidalon
Partir au bal ? Pourquoi pas ? L’hypnose, définie par Milton Erickson comme « une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne », a toute sa place auprès de la population âgée. En effet, le quotidien de la médecine gériatrique est grevé de polymédication et d’iatrogénie poussant le soignant à chercher des solutions non médicamenteuses mais aussi des solutions plus humaines et moins techniques.

Une Note. Selon François Roustang. Sylvie Le Pelletier 
Une Note, c’est ainsi que ce billet sera nommé. Une note, comme une note de musique ; la musique, essentielle à François Roustang, porte les silences et les mesures, les harmonies et les dysharmonies, telle, aime-t-il à citer après d’autres, la « musique des astres ».  L’harmonie avant toutes choses. En effet, c’est ici la première note qui ouvre au travail de François Roustang. 

En cancérologie. Dr Lauriane Bordenave
Cancérologie, Oncologie : je ne sais pas vraiment quel mot utiliser. Dans Cancer, on entend Hippocrate qui compare la maladie à une bête rampante comme le crabe ou le chancre. Dans Oncologie, on entend quelque chose d’un peu plus neutre, d’un peu moins maléfique, la science des tumeurs. Dans l’un comme dans l’autre, se dessine quelque chose d’innommable qui grossit dans le corps et met la vie en danger de manière indicible.

Une journée particulière. Alexia Raphael, Psychologue
Une journée particulière où Alexia nous invite à partager son quotidien de psychologue. 9 heures : entrée dans l’Institut Paoli-Calmettes, s’érigeant tel un paquebot blanc immaculé, sept étages, des couloirs qui s’élancent parfois vers la mer azur, 350 chambres dont les fenêtres s’ouvrent sur la Bonne Mère ou les collines, le soleil, souvent invité, éclaire les visages nus. Les personnes amarrées ici vivent l’expérience d’attendre puis de recevoir leur « soin » pour en subir les désagréments.
 

Écouter les mots. Anne-Sophie Bounié
Lorsque les patients suivis en oncologie parlent du cancer, des traitements et de leurs effets secondaires, ils utilisent souvent les mêmes expressions. Plus que de simples tournures de phrase, elles renseignent l’hypnothérapeute sur les représentations du patient et sur les efforts d’adaptation qu’il déploie pour faire face à l’intrusion du cancer, de ses traitements et de leurs effets indésirables dans sa vie. 

Cancer, stress et hypnothérapie. Dr Fabrice Lakdja
Comment vivre avec la vulnérabilité et la fragilité engendrées par l’épreuve du cancer ?  Darwin prétendait-il avec raison que les espèces qui survivront ne seront ni les plus fortes ni les plus intelligentes mais celles qui sauront s’adapter ? Le contexte de la maladie oncologique ne correspond-il pas à une situation particulière pour laquelle l’adaptation est nécessaire pour s’assurer la meilleure qualité de vie possible voire la survie ? 

Hypnose et anesthésie : « Dormez, je le veux ? ». Dr Aurore Marcou
Bouleversement des repères, séisme personnel, familial et social, le cancer est une épreuve de vie. Une épreuve qui nous fait percevoir notre vulnérabilité, notre finitude, de plein fouet. Comment pouvons-nous aider, nous, soignants de passage, sur un tel chemin ? Quelle légitimité avons-nous, nous qui sommes souvent naïfs de toute épreuve ? Comment prendre soin de l’autre dans son entier quand nous n’avons appris qu’à ausculter les corps ? 

Un abandon. Par Vanessa C., une patiente
Je vis l’hypnose comme un abandon. Un abandon de moi, un abandon de la maladie, un abandon total. Durant ces quelques minutes précieuses pendant lesquelles je suis dans cet état second, je ressens un véritable relâchement du corps et de l’esprit. Pour ce faire, il faut à mon sens deux composantes essentielles. La première étant bien évidemment d’être réceptif à cette pratique. Ce qui n’est pas forcément évident pour tout le monde.

« Prenez place ». Dr Stefano Colombo
Avec les chaleurs de l’été, je ne me le fais pas dire deux fois. Je n’ai même pas besoin d’y foncer, je suis déjà à l’entrée de mon marchand de glaces avec toute la patience nécessaire pour supporter avec sérénité la queue qui s’est formée devant son comptoir. Ses glaces sont excellentes, distribuées dans, sur et presqu’autour du cornet. Seule ma langue frémit d’impatience. 

Le point de vue de la guérison. Dr Adrian Chaboche
Chers lecteurs, certains patients nous exposent à des situations parfois bien singulières. Si votre souvenir vous porte au précédent numéro, « L’odeur de la guérison » vous aura peut-être surpris, dérangé, ou fait rire. Tout à la fois peut-être aussi. Je vous rappelle que vous pouvez interagir entre chaque numéro en adressant à la rédaction ou à l’adresse mail de votre auteur vos remarques, questions, et, surtout, expériences personnelles que nous pourrons publier. 

L’entretien d’explicitation. Dr Dina Roberts
Comment améliorer l’étude de l’hypnose ? Il semble indispensable de développer des recherches qualitatives pour décrire la façon dont les patients vivent la séance d’hypnose. L’entretien d’explicitation pourrait être une aide pour recueillir le vécu subjectif des sujets. L’entretien d’explicitation est éclairant à la fois par ses outils pratiques et par la démarche même qui a guidé son élaboration.

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Bonjour Patrick, quel a été ton parcours personnel avant que tu ne t’intéresses à l’hypnose ? 
Patrick Bellet : Mon intérêt pour l’hypnose remonte à l’âge de 12-13 ans lorsque, par hasard, j’ai découvert dans la revue Planète à la fois l’existence de l’acupuncture et de l’hypnose. Intéressé par les sciences naturelles en général, cette lecture m’orientera vers des études médicales qui elles-mêmes, d’évidence (!), prendront conjointement la forme de l’acupuncture et de l’hypnose. 

Livres en bouche. Dr Julien Betbèze
Yves Gros-Louis, psychologue canadien et Huron-Wendat, nous permet de découvrir le lien entre la sagesse des premiers Indiens d’Amérique et l’approche centrée solution. Chez ce psychologue spécialisé en toxicomanie, la découverte en 1994 de l’approche brève orientée vers les solutions fut un électrochoc. Les rencontres avec ses clients sont devenues très agréables et détendues.

La Corse sous Hypnose. Dr Marc Galy
Les 26 et 27 mai dernier, le 11e Colloque de L’AFEHM a eu lieu en Corse. Premier congrès consacré à l’hypnose dans l’Ile de Beauté. Pour cela, Jean-Marc Benhaeim avait choisi des thèmes centraux : la présence, l’expérience, le silence. Nous étions une centaine de soignants de spécialités et d’orientations diverses. Les temps d’échanges furent nombreux. 

Rééducation, douleur, anesthésie. Dr Adrian Chaboche et Dr Lauriane Bordenave
Associer l’hypnose, kinésithérapie et MEOPA (gaz utilisé pour obtenir une sédation légère, courte et sans perte de conscience) améliore significativement la prise en charge du syndrome douloureux régional complexe de type 1 (SDRC, anciennement algoneurodystrophie) de la main et du poignet. 

Lettre ouverte à Madame la Ministre des Solidarités et de la Santé
Après un avis défavorable de l’ANDPC sur l’enseignement de l’hypnose aux infirmiers et un nouveau dénigrement de l’hypnose médicale dans un article du Quotidien du Médecin du 30 mai dernier, le Dr Frédérique Honoré, présidente de l’Institut Milton Erickson de Biarritz, a écrit une lettre ouverte à Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé. 

Rédigé le 11/01/2018 modifié le 11/01/2018


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Rédacteur en Chef: Laurent Gross

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Dernière Mise à Jour du site: 19 Décembre 2017