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23 Février 2012
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La langue des oiseaux. L’art de l’écoute dans la relation thérapeutique par Joëlle MIGNOT Revue Hypnose et Thérapies Brèves
Qu’est-ce que la Langue des Oiseaux ?
Origine de l’expression - Place du symbole - Histoire Je ne vais pas vous parler du cui-cui des oiseaux, encore que… Si j’ai choisi de vous parler de la Langue des Oiseaux, c’est pour vous proposer de porter un regard différent sur la relation que nous pouvons avoir à nos patients dans nos consultations, en particulier lorsque nous utilisons l’hypnose. Le sens caché des mots utilisés par nos consultants et par nous-même peut être autant de pierres précieuses aussi bien dans le décodage de leur problématique que sur l’aspect thérapeutique. La Langue des Oiseaux est donc une langue à la fois mystérieuse et secrète qui consiste à donner un sens autre que le sens direct de la signification. Le décodage passe par les sons (d’où l’analogie avec les chants des oiseaux), la décomposition et/ou la recomposition de syllabes et des lettres. Il s’agit donc d’aller voir ce qui se passe d’une certaine façon sous les mots et leurs agencements, c’est-à-dire les expressions. Cela implique une écoute différente, non plus attachée au contenu manifeste mais au contenu latent. Ainsi, écouter l’autre à travers ce prisme permet de se dégager du sens premier de l’expression, de l’entendre autrement. Le thérapeute se met alors dans cette attention particulière qui permet non plus de s’accrocher au discours explicite, mais à celui implicite du patient, de prendre par conséquent une position très différente de l’écoute quotidienne et ordinaire. La Langue des Oiseaux est donc une langue secrète qui privilégie le double-sens et se distingue des langues inventées comme la langue des grenouilles d’Aristophane. Elle est du côté de l’oral plus que de l’écrit dans le sens où elle consiste à faire « décoller le son » ; dans le sens aussi où il s’agit plus d’entendre que de lire le discours de l’autre. Le décodage se fait sur l’homophonie des mots qui la compose. Un exemple : « Voici un message secret disant les mots. » « Vois si un message se crée, dit sans les mots. » Mais d’où vient cette expression ? Plusieurs origines se confondent, mais toutes avec trois points communs : la dimension du secret et du sens caché, celle de la connaissance (le son résonne et raisonne…), enfin la dimension sacrée. La première renvoie au fait que le chant des oiseaux est inaccessible à l’homme. Il ne l’entend pas au sens qu’il ne le comprend pas, s’attachant seulement à la mélodie, ce qui n’est pas sans nous montrer l’aspect « séducteur » et « leurre » de ce chant qui en occulte le sens profond. La deuxième renvoie au mythe de Tirésias dont il existe deux versions, toutes deux renvoyant à la sexualité. Dans l’une, Tirésias est rendu aveugle par Athéna (fille de Zeus) qui l’accuse de l’avoir vue se baigner nue. Ses oreilles seront néanmoins purifiées par le serpent afin qu’il comprenne le langage de oiseaux. Dans l’autre version, c’est par Zeus lui-même qu’il est rendu aveugle. Voici comment : Tirésias aperçoit deux serpents en train de s’accoupler. Il tue la femelle à coup de bâton. Il est alors transformé en femme. Sept ans plus tard, la même scène se reproduit. Il tue alors le mâle pour redevenir un homme. Or, les dieux de l’époque étaient très préoccupés par la sexualité et notamment par la question du plaisir. Zeus et Héra se disputaient fréquemment pour savoir lequel des deux en ressentait le plus, l’homme ou la femme ? Comme Tirésias était initié aux deux expériences, il est le consultant idéal. Il déclare ainsi que le plaisir de la femme est neuf fois plus intense que celui de l’homme. Très en colère qu’il ait révélé à Zeus les secrets de la jouissance féminine, Héra le frappe alors de cécité et Zeus (par solidarité masculine ?) adoucit la sentence en lui donnant le don de comprendre le langage des oiseaux et donc d’accéder au sens caché des choses. Dans les deux cas, il est intéressant de pointer que c’est en se coltinant au féminin, puis en passant par l’aveuglement, qu’il finit par atteindre la connaissance. On peut entendre aussi : « Si tu connais le secret du féminin, tu connaîtras le secret des choses… » La troisième légende originaire est due aux constructeurs de cathédrales, par la langue dite des « oisons », en référence au jargon utilisé par les ouvriers initiés qui, fuyant l’Inquisition, diffusent leur savoir par un système de codage secret. Notons que ceux-ci avaient une patte d’oie brodée sur l’épaule en référence à l’oison, le petit de l’oie. La langue des oisons deviendra la langue des oiseaux, langue clandestine, langue d’initiés basée sur la poésie, le chant, les comptines, les blasons, les rébus. Des repères historiques traversent aussi l’utilisation de la langue des oiseaux : L’alchimiste Artéphius, philosophe du XIe siècle, fait allusion à une langue codée fondée sur des métaphores. Plus tard, au XIVe siècle, l’alchimiste Nicolas Flamel, dans son ouvrage Le Livre des figures hiéroglyphiques, évoque cette forme de codage sous forme de rébus ou de jeux de mots via un code cryptographique fondé sur les sons ayant pour but de déjouer le pouvoir religieux. Ce fut aussi un système utilisé par les troubadours et les trouvères pour déjouer la puissance religieuse de l’époque médiévale, qui véhiculaient les valeurs de l’amour courtois : hostilité envers le mariage, tolérance concernant l’union libre, chasteté et surtout haine contre l’Eglise de Rome. Notons au passage l’anagramme de « Roma » est « Amor ». Au XIXe siècle, deux grands noms sont à citer : l’archéologue Claude-Sosthène Grasset d’Orcet qui étudie les systèmes cryptographiques de la Grèce antique, et Fulcanelli, pseudonyme composé de « vulcain et Elie », qui écrit Les Mystères des cathédrales, ouvrage paru en 1926, qui prend avec Les Demeures philosophales qui le suit, une importance majeure dans l’histoire de l’alchimie. Il prétend poser un autre regard sur l’art gothique français, en s’intéressant à l’interprétation de la symbolique selon lui assurément laissée par les alchimistes dans la pierre. Fulcanelli y évoque la Langue des Oiseaux, également le langage codé des alchimistes et hermétistes : « La Langue des Oiseaux est un idiome phonétique basé uniquement sur l’assonance. On n’y tient donc aucun compte de l’orthographe, dont la rigueur même sert de frein aux esprits curieux […]. » Notons aussi que les surréalistes André Breton et Robert Desnos se sont inspirés de ces travaux en mettant en parallèle la transmutation alchimique de la métamorphose poétique. « Les mûres sont mûres le long des murs. » Robert Desnos Jeux de mots, jeux de lettre, une fenêtre sur l’inconscient… Si la Langue des Oiseaux fonctionne sur le registre de la spontanéité et de la compréhension directe, on peut décrire plusieurs étapes pour le décodage symbolique d’un mot ou d’une phrase : Tout d’abord, l’étymologie qui étudie les racines les plus anciennes de l’origine du mot, mais aussi ce qu’on appelle fausse étymologie, qui à partir d’un découpage arbitraire crée un sens de toute pièce. Exemple, le mot chandelle « chan » chant et « dèle » du grec dêlos qui veut dire apparent. Ceci dans le but d’accroître encore le caractère secret et codé de chaque mot. L’euphonie ensuite s’appuie sur le lien entre la musique des sons et leur combinaison, et la capacité qu’a l’inconscient à les reconnaître et a aménager les sonorités. Par exemple, le terme de pourriel, qui désigne des courriers électroniques indésirables, tend à se répandre au détriment de spam, peut-être en raison d’une euphonie heureuse entre pourriel, courriel et pourri. Un autre exemple qui s’appuie sur le découpage du mot « acouphène » qui se déploie en a- (privatif) coup -phène (phonos, sons), et qui peut se traduire en « je ne peux entendre sans prendre de coups » ou « j’ai peur d’entendre des choses qui me font mal ». Mercredi 28 Septembre 2011
Eric Sonne
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