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Retisser la sexualité féminine. Par Joëlle MIGNOT. Pour la Revue Sexualités HumainesBeaucoup de femmes aujourd’hui souhaitent prendre en charge leur sexualité et leur demande est de plus en plus précise. Depuis que les consultations de sexologie existent, et sans doute à travers une identité du sexologue qui se définit à partir de professions de base et de compétences multiples (médecins, psychologues, kinésithérapeutes, sages-femmes…), les demandes évoluent à travers une parole qui se libère. Les questions du désir et du plaisir sont au centre de la plainte avec leurs nombreuses facettes et leurs interactions.
Dans ce contexte, l’approche par l’hypnose se déploie à différents niveaux. La particularité de la demande sexuelle est qu’elle est avant tout symptomatique. Internet est passé par là, la médiatisation aussi. Ne sont plus rares les patientes qui arrivent en ayant posé un diagnostic somme toute assez précis, quand elles n’ont pas fait le tour des sexologues de leur région et essayé plusieurs méthodes plus ou moins opératoires.
Certaines arrivent aussi avec un certain nombre d’années d’analyse derrière elles. Ces patientes sont souvent reconnaissables, dès leur premiers mots, à leur façon de mettre en route leurs processus intellectuels. L’hypnose arrive souvent soit comme une dernière chance, soit comme une panacée ou un filtre magique mettant le thérapeute dans une position de sauveur paternel (« vous êtes mon dernier espoir… »), soit de toute puissance maternelle (« je me remets entre vos mains… car vous, vous savez… »). Un troisième terme peut apparaître, c’est celui, comme disent les psychologues, défensif et à connotation paranoïaque, « l’hypnose, ça me fait peur… peur de ne plus être maîtresse de moi-même »… Justement ! Tout ceci pour dire que les premiers temps de la relation (et ce que le thérapeute pourra en repérer) vont être décisifs dans la prise en charge des troubles sexuels de cette femme à travers son histoire, son vécu, son corps, sa capacité à élaborer avec souplesse, autant de pistes à explorer avec cette approche créative et dynamique qu’est l’hypnose. Un temps sera nécessaire pour préciser cette demande, car nous le savons, en sexologie une demande peut en cacher une autre et souvent le symptôme a des racines profondes. Pas de précipitation, donc ! Il n’y a aucune réponse toute faite et surtout pas une application hypnotique pour un problème. Lorsque nous apprenons avec sérieux les techniques d’hypnose, c’est avant tout pour qu’elles servent de base à la prise en charge qui se fondera sur le matériel apporté par la patiente, sur sa capacité à créer, à accepter le changement, dans la sphère la plus intime d’elle-même, sa sexualité. Une part se fera à travers le conscient, l’autre de son inconscient, et lui échappera. Il lui faut accepter cette « échappée belle ». Il lui faudra aussi accepter de ne pas tout comprendre. C’est à ce prix que le « travail » hypnotique pourra se faire, dans cet état si particulier de contact avec soi-même, d’intériorisation vers des zones d’ombre corporelles et psychiques, de dialogue au-dedans de soi, cet état d’absorption qui ouvre des portes et des fenêtres vers des voies nouvelles qui peuvent s’appeler désir, plaisir ou relation amoureuse. Le thérapeute aura valeur de guide avisé et éclairé par une formation solide dans l’alternance entre verbalisation et expérience hypnotique. Quels sont les intérêts et objectifs d’une approche par l’hypnose dans les troubles de la sexualité féminine ? Tout d’abord, plusieurs facteurs sont à prendre en compte : 1 – La sexualité de la femme est intérieure par sa conception physiologique. La mise en place de la « conscience sexuelle », c’est-à-dire d’une part de la présence des organes sexuels externes et internes, d’autre part de leur dimension sensorielle de plaisir est, pour certaines femmes, très difficile à réaliser. Il existe de vraies inégalités devant cette relation au corps sexué et à son expression dans la relation, inégalités qui s’inscrivent essentiellement dans l’histoire de chacune. Cette complexité s’étend à la capacité d’érotisation des autres parties du corps, la peau, les seins et toutes les zones individuellement sensibles. La sexualité féminine se construit dans un double mouvement de la conscience vers l’intérieur mais aussi vers la périphérie du corps jusqu’à sa surface, la peau. 2 – Cette capacité de représentation du corps sexué intérieur par sa cavité, sa vacuité qu’est le vagin se construit au fil de la vie. D’abord dans les toutes premières relations mère-bébé/fille à travers la reconnaissance de la féminité, mais aussi tout au long de la vie avec une acuité particulière dans les périodes charnières comme le passage de la sexualité de l’enfant à celle de l’adolescente, les premiers flirts, les premières relations sexuelles, les différentes rencontres et expériences. Le « regard du père » jour également un rôle primordial. Ainsi, il est important de considérer que la sexualité féminine n’est pas fixée mais en mouvement et en évolution, s’étayant sur des bases physiologiques, hormonales, relationnelles et d’apprentissage. Les éventuels traumatismes seront autant de jalons dans cette évolution, les expériences renforçatrices de confiance également. S’ajoute l’accès à la masturbation qui relève de la curiosité envers son propre corps et qui n’est pas accessible à toutes les femmes pour des raisons souvent morales. L’aspect transgénérationnel dans le passage de femme à femme joue aussi un rôle essentiel, en particulier dans sa dimension de « fidélité » à une forme de tradition féminine familiale fantasmée. 3 – Le corps de la femme a des fonctions et des caractéristiques bien définies : il est plastique, il est réceptacle, il est le lieu de passage du dedans au dehors et du dehors au dedans (et nous verrons que cette fonction est essentielle dans différents symptômes). Il est double lieu de création et nous nous trouvons souvent confrontés à cette dichotomie utérus-lieu de la maternité accepté/vagin-lieu de plaisir refusé. C’est cet antagonisme que nous avons souvent à traiter dans les demandes des femmes, et ce à tous les âges de la vie. Il est également confronté à la limite des orifices et à leurs représentations transformant une porte d’entrée en une effraction. Enfin, il est porteur de creux et c’est précisément ce creux qui est source d’angoisse pour certaines femmes. 4 – La ligne du temps est toute spécifique à la sexualité féminine : de sa naissance à sa mort, les cycles rythment sa vie sexuelle. Cycles entre puberté et ménopause, cycles menstruels installant une variabilité dans la relation au corps, au désir dans sa dimension hormonale, cycles entre fécondité-maternité et érotisation-plaisir. Nouveau cycle aussi lorsqu’après la ménopause, la sexualité prend une forme moins contrainte et donc plus libre, ou au contraire s’estompe. 5 – La pression sociale de « l’orgasme à tout prix » mais aussi l’évolution de la société depuis les lois sur la contraception et l’avortement, qui permet aux femmes de vivre une sexualité de plaisir sans forcément y associer la « noblesse des sentiments ». Mais les idées reçues ont la peau dure… et nous avons à y faire face ! Chacune construira sa sexualité en lien plus ou moins fort avec l’amour. 6 – Les problématiques de la sexualité féminine doivent se considérer comme des troubles par excellence psychosomatiques, en ce sens que les interactions entre psyché et soma sont directes et à double sens. 7 – Enfin, la plainte s’inscrit dans une histoire de femme, d’épouse, d’amante et donc dans une histoire de vie impliquant la relation à l’autre réel ou fantasmé. Même si le symptôme éclôt brutalement, au décours d’un événement de vie ou sans crier gare, de façon semble-t-il fortuite, il peut s’enraciner profondément dans le passé, empoisonner le présent et mettre en question l’avenir. Vendredi 3 Juin 2011
Joëlle MIGNOT
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