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10 Février 2012
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La créativité du patient face à l’immobilité du thérapeute. Formation Hypnose et Congrès 2007
Les solutionnistes se contenteront même d’une description sommaire du problème, se focalisant essentiellement sur les exceptions et les ressources ! On pourrait dire qu’ils « laissent le patient se débrouiller » avec son objectif, ses exceptions (ce qui marche déjà) et ses ressources les plus variées.
Et ici, vous, moi, nous praticiens de la relation d’aide nous pouvons donner 1000 exemples de la créativité des patients, 1000 situations dans lesquelles tel ou tel patient nous a surpris par son inventivité créatrice. Avec ou sans hypnose, formelle ou pas, les patients nous étonnent ! L’arrivée dans notre boite à outil de l’E.M.D.R et plus récemment du HTSMA nous ont amené un autre protocole tout aussi hypnotique mais où la suggestion est réduite à son minimum. Dire au patient après une série de mouvements oculaires (ou d’autres mouvements alternatifs) « Qu’est ce qui vous vient ? » ou « Qu’est ce que cela vous amène ? » ne suggère appremment que le fait qe quelquechose peut « lui venir » ou « survenir »… C’est bien peu spécifique comme suggestion ! Or nous recevons de ces patients des associations libres, des changements de scénarios, des recadrages, et autres solutions à leurs problèmes qui visiblement émanent d’eux et pas de nous. Ce travail hypnotique qui ne suggère pas de solution : il suggère explicitement que des solutions existent, mais que le thérapeute en ignore la teneur. Il suggère de façon plus ou moins explicite que ces solutions vont émerger du cheminement du patient, très largement inconsciemment, à notre surprise réciproque. Pour moi, nul désarroi dans cette absence de connaissance, plutôt une admiration devant « cette réponse qui était déjà dedans » (the answer within), cette force de la nature. Ceci dit, dans les formes classiques de la relation d’aide, le thérapeute muni de sa boite à outils risque, dans certains cas, de tomber dans divers paradoxes de l’aide. J’en rencontre fréquemment au moins deux : 1. « Donne moi un poisson, tu m’aides pour un jour ; apprends moi à pêcher tu m’aides pour toujours ». - Donner un poisson, c’est proposer une béquille qui ne fait que retarder le constat d’un non-changement et la nécessité d’un apprentissage; c’est installer une dépendance au long cours, un processus in-terminable. - Etre l’occasion d’un apprentissage permet la pérennité du résultat : l’apprentissage est un acquis du patient et lui permet l’autonomie. Rendez moi inutile aussi vite que possible, disions nous… Mais cet apprentissage est une prise de risque : L’apprentissage de la marche, pour chacun d’entre nous, a été l’occasion de nombreuses chutes, de nombreux pleurs… et d’autant de nouveaux départs, obstinément, malgré la souffrance. L’autonomie, la liberté ne se reçoivent pas, elles se conquièrent, elles se paient. La liberté dit BERGAÏEV n’est pas un droit mais un devoir. Devoir que de nombreux humains oublieront…. Ceci nous ramène à notre rôle de soignant, lequel vise à diminuer durablement une souffrance. Mais aussi à notre condition humaine : l’humain qui ne viserait qu’à éviter la souffrance ne vivrait pas : la vie est projets, risques et pertes…. 2. « Quand je le fais à sa place, je ne suis pas à la mienne et je l’empêche de prendre la sienne » Je pourrais remplacer le verbe « faire » par le verbe « vouloir » (ou souhaiter). Certains patients sont dans ce paradoxe, tels ces parents qui « voudraient tellement » que leur ado comprenne enfin, désire enfin, soit enfin responsable, etc. Mais nous, thérapeutes, pouvons aussi vivre ce paradoxe : Quelle que soit la sensibilité du thérapeute à la souffrance du patient, (avec ou sans compassion, commisération, apitoiement, pitié), quel que soit son fantasme de toute puissance et son désir de « sauver », c’est le patient qui vit sa vie et la choisit, vit sa souffrance et décidera - ou non - de changer. A nous thérapeute d’appliquer ici les phrases bien connues d’Epictète : « Il y a des choses qui dépendent de nous et des choses qui ne dépendent pas de nous : nos problèmes commencent quand nous voulons contrôler ce qui ne dépend pas de nous » Et de Marc Aurèle : « Donne moi la force d’accepter ce que je ne peux pas changer, le courage de changer ce qui peut l’être et la sagesse de distinguer l’un de l’autre » Nous n’aurions donc rien à vouloir à sa place ni à faire à sa place ? Travaillons nous trop ? Faut il apprendre à travailler moins ? IMAGINONS UN THERAPEUTE SANS ATTENTE, QUI NE VEUILLE PAS (NE SOUHAITE PAS) QUE LE PATIENT GUERISSE….. Pouvons nous imaginer un tel thérapeute qui n’aurait ni l’intention de guérir, ni celle de produire un changement favorable dans la vie du patient ? Je cite Roustang (p45) : « Le thérapeute doit être indifférent au résultat et s’attendre tout aussi bien à un échec qu’à un succès de la cure. Sinon, il prendrait la place du patient et se livrerait à un forçage irrespectueux et inefficace. Le patient doit toujours pouvoir renoncer à guérir de son mal-être si cela lui chante. Il y a de nombreux humains qui se laissent mourir et d’autres qui se laissent vivre. Ce qui nous passionne c’est d’amener quelques-uns avec la plus grande lucidité et le plus grand courage possibles à décider de leur vie et de leur mort. Nous ne voulons pas guérir, nous ne voulons pas que l’interlocuteur se tourne vers la vie, vers le renouvellement de son existence, donc vers le changement favorable. Nous voulons seulement qu’il en décide. Et c’est pourquoi nous ne pourrons jamais nous prévaloir de la bonne issue d’une cure, c’est lui qui l’a opérée. Nous n’aurons pas davantage à nous désoler de nos revers qui ne sont pas notre fait, si du moins notre présence, notre intelligence et notre détermination ont poussé notre visiteur à la croisée des chemins. Je cite plus loin (p 55): « Le thérapeute doit attendre le moment favorable pour faire jouer son indifférence au succès et donc ne prendre jamais qu’un risque mesuré. Il y aurait ainsi un temps où l’aide serait première, et la prise de risque seconde. Puis un temps où le risque serait porté à un degré maximal. La prudence la plus élémentaire réclame de répondre positivement à cette question : on ne laisse pas un enfant s’aventurer dans des actions qui dépassent ses capacités, et, pas davantage, on ne doit abandonner un patient à une solitude prématurée. Mais cette réponse positive recèle une ambiguïté. Qu’adviendrait-il à un enfant si les parents ne voulaient pas déjà, dès la naissance, qu’il puisse un jour marcher et s’en aller ? Le cas n’est pas chimérique de père ou de mère qui compromettent l’avenir de leur enfant par une surprotection ininterrompue. Il en est de même pour les thérapeutes incapables d’imaginer une fin, c’est-à-dire le commencement de leur inutilité. Or cette inutilité commence dès le début. Toute aide qui ne serait pas sous-tendue, au principe, par ce que je nomme l’indifférence au succès ne ferait en apparence courir aucun risque ; elle ne pourrait cependant, sans risque, qu’assurer l’échec parce qu’elle rendrait l’aide indéfiniment nécessaire. Vendredi 19 Décembre 2008
CFHTB
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